Lisibilité
Pourquoi la lisibilité compte autant
Certains graphiques ne sont pas faux au sens strict, mais ils échouent tout de même parce qu’ils sont épuisants à lire. Dans ces cas-là, le problème principal n’est ni l’absence d’information ni la malhonnêteté visuelle. Le problème principal, c’est la friction.
Dans ce chapitre, je m’intéresse aux choix qui rendent un graphique plus facile ou plus difficile à décoder.
Les règles que je range sous la lisibilité
- Règle 7. Étiquettes et graduations lisibles
- Règle 8. Accessibilité des couleurs
- Règle 9. Étiquetage direct
- Règle 10. Éviter le chartjunk
- Règle 11. Trop de catégories
- Règle 12. Trier les barres catégorielles
- Règle 13. Surimpression dans les nuages de points
- Règle 14. Précision décimale
- Règle 15. Formatage des dates
- Règle 16. Économie visuelle
Règle 7 : Étiquettes et graduations lisibles
Je ne veux pas que le lecteur se batte contre l’axe avant même d’accéder aux données. Des graduations trop denses, une typographie minuscule ou des étiquettes mal orientées créent un effort inutile.
- Si les étiquettes ne rentrent pas, le graphique a souvent besoin d’être simplifié plutôt que davantage tourné.
- Un axe lisible fait partie de la logique du graphique, ce n’est pas un détail ajouté à la fin.

Règle 8 : Accessibilité des couleurs
La couleur doit aider à distinguer les catégories, pas créer un obstacle de plus. Si plusieurs catégories se confondent visuellement, l’encodage cesse de faire son travail.
- Trop de couleurs réduisent la clarté.
- Des teintes trop proches échouent souvent en projection, à l’impression ou pour les lecteurs daltoniens.

Règle 9 : Étiquetage direct
Quand un graphique ne contient que quelques lignes, je préfère souvent placer les étiquettes directement au contact des données plutôt que d’utiliser une légende détachée. Cela réduit les allers-retours du regard et rend le parcours de lecture plus cohérent.
- Les étiquettes directes fonctionnent particulièrement bien lorsqu’il n’y a que deux à quatre lignes.
- Elles sont souvent plus simples et plus élégantes qu’une légende séparée.

Règle 10 : Éviter le chartjunk
Je veux que la décoration reste subordonnée à l’information. Les effets 3D, les bordures lourdes, les ombrages excessifs et les grilles trop denses ajoutent souvent du bruit sans ajouter de compréhension.
- En cours, je demande si chaque élément visible aide réellement une comparaison ou remplit simplement l’espace.
- Si un élément n’aide pas le lecteur à voir quelque chose d’utile, il n’a probablement rien à faire là.

Règle 11 : Trop de catégories
Un graphique catégoriel doit rester facile à parcourir. Dès que le nombre de catégories devient trop grand, la comparaison se transforme en décodage d’étiquettes.
- À ce moment-là, l’agrégation, le filtrage ou le facettage valent souvent mieux qu’un affichage intégral.
- Je préfère montrer moins, mais montrer mieux.

Règle 12 : Trier les barres catégorielles
Quand les catégories n’ont pas d’ordre naturel, le tri aide presque toujours le lecteur à comparer plus efficacement. Il rend les extrêmes plus visibles et réduit l’effort de recherche.
- Je préfère en général des barres ordonnées, sauf lorsqu’un ordre sémantique existe déjà.
- Le but n’est pas de faire joli, mais de faciliter la comparaison.

Règle 13 : Surimpression dans les nuages de points
Dans un nuage de points dense, trop de points peuvent masquer précisément la structure qu’ils sont censés révéler. Le chevauchement peut cacher des groupes, des doublons ou des variations de densité.
- C’est ici que j’introduis des solutions comme la transparence (
alpha), lejitter, le binning hexagonal ou l’agrégation. - Un nuage de points n’est utile que si le lecteur peut encore voir la structure.

Règle 14 : Précision décimale
Trop de précision numérique ralentit la lecture et peut suggérer un niveau d’exactitude que le graphique ne justifie pas réellement.
- Dans la plupart de mes exemples de cours, je n’ai pas besoin de plus de deux décimales sur un axe.
- La précision doit correspondre à la décision, et non à la sortie brute de la machine.

Règle 15 : Formatage des dates
Les étiquettes temporelles deviennent souvent illisibles avant même que les étudiants ne remarquent le problème. Les dates se prêtent particulièrement à la surcharge.
- Je commence en général par réduire le nombre de graduations.
- Ensuite, je raccourcis le format de date.
- Je ne fais tourner les étiquettes que lorsque les solutions plus simples ne suffisent pas.

Règle 16 : Économie visuelle
L’une des erreurs les plus fréquentes chez les débutants consiste à vouloir tout montrer en même temps. Un graphique ne devient pas plus fort parce qu’on y accumule tous les détails possibles.
- Trop d’éléments visibles diluent le message principal.
- Très souvent, la simplification est le meilleur choix de refonte possible.
